Nous savons aujourd’hui que le H1N1 était une fausse alerte et que la pandémie annoncée n’a pas eu lieu. Mais il existe un autre genre de danger viral dont la souche est méconnue mais les effets, dévastateurs. Voici le palmarès des dix dérapages viraux du Web, le panthéon des imbécilités contre lesquelles on se ferait vacciner tout de suite…

1. Information vitale… non vérifiée
Un vieux classique qui date des débuts du courriel mais qui ressurgit à chaque nouvelle génération d’internautes. Un(e) ami(e) vous transmet un long message contenant une information «qui peut sauver des vies», ou encore d’un nouveau virus «qui détruira toutes vos données». Outre son côté fortement improbable, il est clair que cette information ne repose que sur la crédulité de ceux qui la partagent. Mais comment savoir si c’est un canular?, demande le peuple. Eh bien mes amis, il existe des sites pour ça!

2. Lip dub
Déjà mentionné dans mon billet sur la crise de créativité, le lip dub est l’exemple même de l’idée géniale qui devient insupportable à force d’être reprise. Dans cette catégorie, on peut même lister ce qu’on ne veut plus jamais jamais voir ni entendre : une millième exploitation de I got a feelin’ (Black Eyed Peas), des sourires gênés qui semblent dire «je me ridiculise publiquement parce que c’est bon pour ma carrière», une mise en scène pataude digne d’un camp de vacances sans budget, une caméra qui bouge pour «faire jeune», des logos subtilement brandis pour promouvoir la compagnie/l’école, et, surtout, l’absence totale de nouvelle idée.

3. Image de chaton
Avant le Web, les gens savaient-ils que les chatons existaient? C’est ce qu’on se demande à la vue des millions de photos de chatons qui s’échangent sur la toile. En 2010, il faudrait vraiment que votre photo de minou soit incroyablement originale/créative/absurde pour qu’elle étonne encore quelqu’un. Désolé.

4. Chaîne de lettres
Comme beaucoup de canulars ou d’arnaques virtuelles, les chaînes de lettres sont apparues avec la démocratisation des courriels. Elles s’en prennent directement à votre bon cœur, à votre culpabilité, à vos peurs ou à votre cupidité. Un jour, on vous demande de sauver une fillette atteinte d’une maladie rare. Le lendemain, vous êtes sur le point de gagner un million de roupies à la loterie espagnole (les plus cultivés d’entre vous ont repéré la fraude). Et le jour suivant, c’est une mère de famille qui vous demande de retrouver sa fille de trois ans en vous envoyant sa photo, prise en 2002. Mais le meilleur est toujours à la fin, dans le paragraphe où sont détaillées les menaces qui pèsent sur vous si jamais vous ne transmettez pas le message. De nombreuses parodies sont apparues au cours des années et leurs auteurs s’en donnent à cœur-joie : si tu n’envoies pas ce message à 8500 personnes dans les dix prochaines secondes, un dinosaure venu de l’espace viendra bouffer toute ta famille demain à 17 h 30…

5. Blague au format PowerPoint
La meilleure façon de perdre vos amis? Envoyez-leur un courriel avec, en pièce jointe, un fichier PowerPoint bien lourd. Une fois ouvert, ce diaporama racontera une blague usée, chaque «slide» étant surchargée de photos floues et de cliparts animés créés en 1998 par des informaticiens dépressifs. Il est important que chaque image illustre ce qui est écrit juste à côté, au cas où vos lecteurs ne comprendraient pas le sens des mots «maison» ou «canard». Votre présentation «multimédia» devra s’étirer le plus possible pour que même le plus lent des lecteurs ait deviné le punch avant qu’il arrive. Une musique électronique quétaine pourra avantageusement accompagner l’œuvre. Et bien sûr, vous prendrez soin d’afficher votre nom en guise de générique de fin, pour que vos amis vous associent jusqu’à la mort au moment magique que vous venez de leur faire vivre.

6. Pétition
Je n’ai rien contre les pétitions, qui sont un moyen efficace de faire entendre une opinion collective. Par contre, quand vous recevez par courriel une pétition au bas de laquelle on vous demande d’inscrire votre nom avant de la transmettre à tous vos contacts, il est de votre devoir de vous questionner : si tout le monde en fait autant, comment pourra-t-on compiler tous les noms? Poser la question, c’est y répondre. Rassurez-vous, il existe maintenant des sites qui résolvent ce problème.

7. Rick Astley
Ai-je besoin de m’expliquer? Si vous insistez vraiment, cliquez ici.

8. Vidéo en reprises
Au chapitre du tapage-sur-les-nerfs, n’oublions pas le vidéoclip d’une minute qui montre douze fois la même seconde, au ralenti, en avant, en arrière, en image fixe, agrandie, avec des commentaires, avec des bruitages, etc. L’origine de ce genre de production est à chercher quelque part entre la télé-poubelle américaine et les abrutissants jeux télévisés japonais, mais le résultat est généralement un chef-d’œuvre de sensationnalisme.

9. Message humanistico-existentiel
Juste après la pornographie, la pop-psycho semble être la plus grande bénéficiaire du développement d’Internet. En plus de l’arsenal de sites, de quizz et autres forums peu recommandables consacrés au «nouvel âge», l’internaute tombe parfois sur des messages existentiels transmis par courriels ou via des réseaux sociaux. Dans un style pompeux à souhait, ces messages criblés de fautes d’orthographe martèlent ce que vous soupçonniez déjà, à savoir que les amis sont plus importants que l’argent, ou que le pouvoir de la volonté est infini. Notons au passage que c’est souvent dans ce contexte qu’on observe les expérimentations typographiques les plus pathétiques. Inévitablement, la métaphore cucul se conclut par un «transmettez ce message à vos amis pour qu’ils sachent que gna-gna-gna…». Juste au cas où vous auriez encore des amis…

10. Vidéo «authentique»
Un ami vous envoie un clip vidéo «capté sur le moment» qui montre quelque chose de tellement incroyable que vous le transmettez immédiatement à tout votre réseau. Malheureusement, deux minutes de recherche vous auraient permis d’apprendre que cet exploit aérien est une publicité pour une marque de vêtements, que cette incroyable glissade est une création de Microsoft ou que les téléphones cellulaires n’éclatent du maïs que dans les vidéos d’un fabricant d’accessoires de téléphone.
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Profitons de cette occasion pour rappeler qu’en 2010, toutes les vidéos – sauf peut-être celles que vous tournez vous-même – se retrouvent sur YouTube ou autre plateforme du même genre. Même chose pour les photos : il y a un milliard de sites pour ça. On n’envoie donc plus ces grosses pièces jointes qui engorgent nos poubelles, mais des HY-PER-LIENS.