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olivier
5 août 2010

BP : logo-catastrophe

Le 20 avril 2010, une fuite de méthane provoque une explosion sur une plateforme de forage au large de la Louisiane, dans le golfe du Mexique. La suite est connue : le pétrole brut se met à jaillir du sous-sol marin, provoquant ce qu’on considère comme l’une des pires catastrophes pétrolières de l’histoire. Au moment où ces lignes sont publiées, on n’ose même pas encore croire que le problème soit réglé.

En marge des conséquences écologiques, humaines, politiques, économiques ou philosophiques de cette catastrophe, les internautes manifestent depuis presque quatre mois leur inquiétude et leur écœurement. La firme BP, responsable de ce saccage, est logiquement devenue la cible de toutes les attaques virtuelles, et son logo est passé par toutes les couleurs.

Ironiquement, la pétrolière britannique avait complètement remanié son image en 2000, illustrant ce grand courant hypocrite qui consiste à se doter d’un logo floralo-hippie alors qu’on est partiellement responsable de la pollution des océans, de la dégradation de l’atmosphère, de l’expropriation de certaines populations autochtones, de l’anachronique dépendance au pétrole, et d’autres méfaits encore impunis.

Sur le Web, les parodies du logo sont tellement nombreuses et créatives qu’il a fallu faire une sélection impitoyable pour n’en présenter ici que 42! Détournement du logo BP : notre sélection.

















Vous constatez que les graphistes rivalisent d’ingéniosité pour donner un nouveau sens aux lettres « BP » : British Polluters, Beautifool Planet, Best Practice, Bad Publicity, Big Problem, Be Prepared, Boycott Petroleum, Back Pedalling, Bad Planning, Beyond Preparedness, Bold Pollution, Broken Promise, Biosphere Poisoners, Black Poison, Bleeding Planet, Blinded by Profits, Breakable Pipes, Backwardly Proactive, Beach Petrol, Bribing Politicians, Beyond Pandora, Boiling Point, Black Process, Better Pray.

Ajoutons celle-ci : Belles Parodies!

* * *

D’autres galeries sur ce thème : LogoMyWay / About.com / PapyGeek / Topito / Dinesh





olivier
22 juillet 2010

10 idioties virales qu’on ne veut plus voir

Nous savons aujourd’hui que le H1N1 était une fausse alerte et que la pandémie annoncée n’a pas eu lieu. Mais il existe un autre genre de danger viral dont la souche est méconnue mais les effets, dévastateurs. Voici le palmarès des dix dérapages viraux du Web, le panthéon des imbécilités contre lesquelles on se ferait vacciner tout de suite…

1. Information vitale… non vérifiée
Un vieux classique qui date des débuts du courriel mais qui ressurgit à chaque nouvelle génération d’internautes. Un(e) ami(e) vous transmet un long message contenant une information «qui peut sauver des vies», ou encore d’un nouveau virus «qui détruira toutes vos données». Outre son côté fortement improbable, il est clair que cette information ne repose que sur la crédulité de ceux qui la partagent. Mais comment savoir si c’est un canular?, demande le peuple. Eh bien mes amis, il existe des sites pour ça!

lip dub

2. Lip dub
Déjà mentionné dans mon billet sur la crise de créativité, le lip dub est l’exemple même de l’idée géniale qui devient insupportable à force d’être reprise. Dans cette catégorie, on peut même lister ce qu’on ne veut plus jamais jamais voir ni entendre : une millième exploitation de I got a feelin’ (Black Eyed Peas), des sourires gênés qui semblent dire «je me ridiculise publiquement parce que c’est bon pour ma carrière», une mise en scène pataude digne d’un camp de vacances sans budget, une caméra qui bouge pour «faire jeune», des logos subtilement brandis pour promouvoir la compagnie/l’école, et, surtout, l’absence totale de nouvelle idée.

3. Image de chaton
Avant le Web, les gens savaient-ils que les chatons existaient? C’est ce qu’on se demande à la vue des millions de photos de chatons qui s’échangent sur la toile. En 2010, il faudrait vraiment que votre photo de minou soit incroyablement originale/créative/absurde pour qu’elle étonne encore quelqu’un. Désolé.

chaîne de lettre

4. Chaîne de lettres
Comme beaucoup de canulars ou d’arnaques virtuelles, les chaînes de lettres sont apparues avec la démocratisation des courriels. Elles s’en prennent directement à votre bon cœur, à votre culpabilité, à vos peurs ou à votre cupidité. Un jour, on vous demande de sauver une fillette atteinte d’une maladie rare. Le lendemain, vous êtes sur le point de gagner un million de roupies à la loterie espagnole (les plus cultivés d’entre vous ont repéré la fraude). Et le jour suivant, c’est une mère de famille qui vous demande de retrouver sa fille de trois ans en vous envoyant sa photo, prise en 2002. Mais le meilleur est toujours à la fin, dans le paragraphe où sont détaillées les menaces qui pèsent sur vous si jamais vous ne transmettez pas le message. De nombreuses parodies sont apparues au cours des années et leurs auteurs s’en donnent à cœur-joie : si tu n’envoies pas ce message à 8500 personnes dans les dix prochaines secondes, un dinosaure venu de l’espace viendra bouffer toute ta famille demain à 17 h 30

PowerPoint

5. Blague au format PowerPoint
La meilleure façon de perdre vos amis? Envoyez-leur un courriel avec, en pièce jointe, un fichier PowerPoint bien lourd. Une fois ouvert, ce diaporama racontera une blague usée, chaque «slide» étant surchargée de photos floues et de cliparts animés créés en 1998 par des informaticiens dépressifs. Il est important que chaque image illustre ce qui est écrit juste à côté, au cas où vos lecteurs ne comprendraient pas le sens des mots «maison» ou «canard». Votre présentation «multimédia» devra s’étirer le plus possible pour que même le plus lent des lecteurs ait deviné le punch avant qu’il arrive. Une musique électronique quétaine pourra avantageusement accompagner l’œuvre. Et bien sûr, vous prendrez soin d’afficher votre nom en guise de générique de fin, pour que vos amis vous associent jusqu’à la mort au moment magique que vous venez de leur faire vivre.

pétition

6. Pétition
Je n’ai rien contre les pétitions, qui sont un moyen efficace de faire entendre une opinion collective. Par contre, quand vous recevez par courriel une pétition au bas de laquelle on vous demande d’inscrire votre nom avant de la transmettre à tous vos contacts, il est de votre devoir de vous questionner : si tout le monde en fait autant, comment pourra-t-on compiler tous les noms? Poser la question, c’est y répondre. Rassurez-vous, il existe maintenant des sites qui résolvent ce problème.

7. Rick Astley
Ai-je besoin de m’expliquer? Si vous insistez vraiment, cliquez ici.

boucle

8. Vidéo en reprises
Au chapitre du tapage-sur-les-nerfs, n’oublions pas le vidéoclip d’une minute qui montre douze fois la même seconde, au ralenti, en avant, en arrière, en image fixe, agrandie, avec des commentaires, avec des bruitages, etc. L’origine de ce genre de production est à chercher quelque part entre la télé-poubelle américaine et les abrutissants jeux télévisés japonais, mais le résultat est généralement un chef-d’œuvre de sensationnalisme.

cerveau

9. Message humanistico-existentiel
Juste après la pornographie, la pop-psycho semble être la plus grande bénéficiaire du développement d’Internet. En plus de l’arsenal de sites, de quizz et autres forums peu recommandables consacrés au «nouvel âge», l’internaute tombe parfois sur des messages existentiels transmis par courriels ou via des réseaux sociaux. Dans un style pompeux à souhait, ces messages criblés de fautes d’orthographe martèlent ce que vous soupçonniez déjà, à savoir que les amis sont plus importants que l’argent, ou que le pouvoir de la volonté est infini. Notons au passage que c’est souvent dans ce contexte qu’on observe les expérimentations typographiques les plus pathétiques. Inévitablement, la métaphore cucul se conclut par un «transmettez ce message à vos amis pour qu’ils sachent que gna-gna-gna…». Juste au cas où vous auriez encore des amis…

vidéo

10. Vidéo «authentique»
Un ami vous envoie un clip vidéo «capté sur le moment» qui montre quelque chose de tellement incroyable que vous le transmettez immédiatement à tout votre réseau. Malheureusement, deux minutes de recherche vous auraient permis d’apprendre que cet exploit aérien est une publicité pour une marque de vêtements, que cette incroyable glissade est une création de Microsoft ou que les téléphones cellulaires n’éclatent du maïs que dans les vidéos d’un fabricant d’accessoires de téléphone.

* * *

Profitons de cette occasion pour rappeler qu’en 2010, toutes les vidéos – sauf peut-être celles que vous tournez vous-même – se retrouvent sur YouTube ou autre plateforme du même genre. Même chose pour les photos : il y a un milliard de sites pour ça. On n’envoie donc plus ces grosses pièces jointes qui engorgent nos poubelles, mais des HY-PER-LIENS.





olivier
9 juin 2010

Poussières astrales

En dévoilant leur nouveau logo le 27 mai dernier, les gens de chez Astral Média ne s’attendaient probablement pas à susciter autant de commentaires.

Astral

Comme toute grosse compagnie qui se respecte, l’empire médiatique s’est offert une mise à jour globale de positionnement et d’image. Le résultat ? Deux ans de travail, un gros «a» plein de couleurs, une signature enfantine et une facture officieuse de 500 000 $.

Évidemment, il n’y a pas qu’un logo. Il y a toute une philosophie que vous comprendrez peut-être en visionnant cette longue vidéo de style garde-à-vous et sans-curseur-pour-aller-plus-vite. Il y a aussi cette scripte de deuxième année de primaire qui délimite deux zones de couleurs sur les affiches de votre quartier et dans votre magazine préféré. Ce «branding puissant» est l’œuvre d’une agence torontoise, Juniper Park.

Mais concentrons notre attention sur le logo, exactement comme le font depuis deux semaines une horde de blogueurs, de twitteux et de chroniqueurs.

Tout le monde en a parlé, comme le résume ici Branchez-Vous!. Sur Twitter, le logo a été qualifié de «Fisherprice» (David_Roy), de «carte topographique mal coloriée» (Molaram), de «peinture à numéro» (Jeff_Lavoie), et il a bien sûr été affublé de l’infâmant hashtag #fail.

Du côté des designers, citons Clodine Gilbert, qui écrit sur son blogue «mettons qu’on est pas sûr que le style vitrail soit très en vogue en 2010», et Michel Richard, directeur de création chez Canoë, qui y va d’un «avis à la génération montante de designers graphiques : évitez les grosses lettres molles pleines de couleurs, ça ne fait pas l’unanimité…», comparant Astral au non moins controversé logo du Grand Montréal.

Dans lesaffaires.com, Martin Jolicoeur note que «l’un des commentaires les plus durs […] compare le logo, lorsque couché sur le côté, au "sexe flasque d’un mâle"».

Après cette phase de dénigrement collectif, l’étape suivante s’appelle, en toute logique «Venons en aide au logo d’Astral Média». Initiative du blogueur Steve MindSix, c’est un appel à tous les graphistes, professionnels et amateurs, pour «prendre ce "brouillon" et le porter à la sauce Web 2.0. et en sortir quelque chose de positif, de créatif, de dynamique». Pas sûr qu’Astral apprécie l’effort, mais le concours est ouvert jusqu’au 18 juin et offrira quand même 200 $ au gagnant!

- Mais toi, Olivier, qu’en penses-tu, de ce logo ?, vous entends-je crier.

Eh bien je n’en pense pas tant de mal que ça, en fait. Moins de mal que bien des logos récemment revampés. Moins de mal, par exemple, que l’épouvantable Fido dont il faudra que je vous jappe, un de ces jours…

Le nouveau logo d’Astral possède au moins deux qualités : il est simple et original. Bien sûr, son aspect enfantin fait qu’on s’interroge sur le marché cible du groupe de médias, et son habit de polichinelle semble vouloir cacher quelque chose…

Peut-être cache-t-il ce CH subliminal que personne ne semble avoir vu ?

Et s’il fallait le sauver en lui trouvant un héritage graphique dans l’histoire des arts visuels, c’est probablement du côté de l’espagnol Joan Miró ou de la sculpteure Niki de Saint-Phalle qu’il faudrait chercher.

Le plus étrange, finalement, c’est que les contributeurs d’Œil pour œil – le blogue collectif de la Société des designers graphiques du Québec – n’ont pas relevé le cas, eux qui avaient été si prompts à réagir aux nouveaux logos du Grand Montréal, de Musique Plus, de Métro ou de Bell.

Deux semaines après le dévoilement de cette nouvelle image, que reste-t-il ? La poussière semble être un peu retombée sur ce qui, à mon humble avis, n’est pas l’épique ratage proclamé par certains. Non, Astral a simplement péché par excès de naïveté et devra se souvenir qu’il ne suffit pas d’offrir une tartine de couleurs pour semer la joie.





olivier
27 mai 2010

Ze frainche teutche !

Parce qu’il y a parmi mes collègues une dangereuse proportion de Français / parce qu’il fait beau / parce que je suis bien placé pour tirer le levier linguistique / je souhaite offrir aux Français du Québec une panoplie de logos qu’ils pourront enfin lire dans leur langue!

Apple
Apeul

Bluetooth
Bloutousse

Canadian Tire
Canadianne Tailleur

DisneyLand (Resort)
Disnèlande

Facebook
Fessebouc

Google
Gougueule

Nike
Naïke

Windows
Ouinedose

Pizza Hut
Pidza Heutte

Red Bull
Raide Boule

Tupperware
Teupeurouêre





olivier
21 mai 2010

Une armée de suiveux

Ça fait longtemps que je me retiens, et je vais sans doute m’attirer les foudres de certains internautes, mais en tant que créateur de contenu Web, il faut que je le dise : la créativité est sur une mauvaise pente!

Je m’explique. De la généralisation phénoménale des connexions personnelles à Internet est née une culture de masse basée sur l’échange de liens. Je forwarde, tu retwittes, il hyperlie. Pour la première fois, des individus isolés, ni particulièrement puissants, ni particulièrement célèbres, transmettent sans limitations des informations, des images, des vidéos, bref, des parcelles de culture. Et, bien sûr, des images de chatons, des blagues éculées et des clips ridicules. C’est là que je veux en venir.

Il y a déjà longtemps – en années Web – qu’est né le phénomène des mèmes, ces espèces de blagues privées à l’échelle d’Internet, qui se nourrissent d’elles-mêmes et vous situent immédiatement à l’intérieur ou à l’extérieur du club de ceux qui les comprennent. Si le concept vous semble obscur, je vous recommande cette page (en anglais) qui présente les principaux mèmes sur une échelle de temps.

Il est important de comprendre que, comme les bons vieux running gags, les mèmes obéissent à un comique de répétition auquel s’ajoute dans ce cas un nouvel élément, une nouvelle déclinaison. Pour prendre un exemple québécois bien connu, un adolescent met la main sur une vidéo qu’il juge full-trop-crampante d’un camarade de classe, il la propulse sur la grande toile, la montre à ses amis (hilares) et initie la propagation mondiale d’un talent qui se serait bien passé de cette visibilité : le Star-Wars Kid est né. La suite est connue : parodies, détournements, hommages, etc. Évidemment, la sauce est étirée à l’extrême, jusqu’à ce que ça ne fasse plus rire personne. Mais retenons que dans chaque mème, il y a un point de départ à fort potentiel viral.

En revanche, il existe un autre genre de phénomène Web qui gagnerait à savoir s’arrêter avant l’écœurement. Il s’agit de vraies bonnes idées, dont l’impact sur les internautes est tel que la grande machine à recycler se met en marche et s’emballe. Si je vous dit lip dub ou flash mob, voyez-vous où je veux en venir?

À l’origine, le lip dub est un acte spontané et très défoulant. Le premier vrai lip dup, la «matrice» du genre, est l’œuvre de l’agence new-yorkaise Connected Ventures, en 2007. Une bande de jeunes nerds qui déconnent en se passant le relai sur une chanson vitaminée, un plan séquence qui se termine par un chahut collectif : rien de très ambitieux mais un vrai souffle de joie de vivre. Mille lip dubs plus tard (dont 995 sur I’ve got a feeling…), on cherche en vain la nouveauté et on pleure devant la dégénérescence du concept.

Même chose pour les flash mobs. Nés du théâtre de performance, ils ont pour but de surprendre et de fasciner. Mais le formidable travail des organisations comme Improv Everywhere a été tellement médiatisé et surtout tellement copié que la surprise est belle et bien morte. Voir une vidéo de gens qui dansent dans un lieu public, c’est drôle la première fois… mais la douzième?

Et ainsi de suite.

Regardez-les naître, ces phénomènes étirables. Ceux du moment s’appellent Best job ou I bet I can find 1000000 people. On va vous les marteler jusqu’à ce que votre arrière-grand-tante y ait goûté.

La vérité, c’est que si certains mèmes s’enrichissent à chaque nouvel ajout (pensez aux délirants Lolcats ou encore aux terribles Fail), d’autres auraient dû rester ce que les gens de marketing appellent un coup. Une fois fait, on passe à autre chose.

Les coupables sont faciles à trouver. La perspective de produire avec un micro-budget et une poignée de bénévoles un clip qui sera vu dans le monde entier ouvre toute grande la porte d’une récupération commerciale. Quelle brillante idée, tellement moderne et économique, se gargarisent le responsable du marketing et le président de la compagnie en feuilletant Les médias sociaux pour les nuls. Voyez-vous une simple coïncidence dans le fait que toutes les écoles de commerce ont fait leur lip dub?

L’autre raison de ce radotage viral est encore plus simple, c’est le manque de créativité. Depuis qu’il existe des inventeurs, des créateurs et des visionnaires se trouvent des bataillons de suiveux, d’exploiteurs et de recycleurs. La devise «si ça marche, on fait pareil» est depuis longtemps l’apanage des sans-idées, des sans-talent.

La seule plus-value n’est donc ni technologique ni stratégique : c’est l’innovation dans sa forme la plus pure. Au boulot!