En dévoilant leur nouveau logo le 27 mai dernier, les gens de chez Astral Média ne s’attendaient probablement pas à susciter autant de commentaires.

Comme toute grosse compagnie qui se respecte, l’empire médiatique s’est offert une mise à jour globale de positionnement et d’image. Le résultat ? Deux ans de travail, un gros «a» plein de couleurs, une signature enfantine et une facture officieuse de 500 000 $.
Évidemment, il n’y a pas qu’un logo. Il y a toute une philosophie que vous comprendrez peut-être en visionnant cette longue vidéo de style garde-à-vous et sans-curseur-pour-aller-plus-vite. Il y a aussi cette scripte de deuxième année de primaire qui délimite deux zones de couleurs sur les affiches de votre quartier et dans votre magazine préféré. Ce «branding puissant» est l’œuvre d’une agence torontoise, Juniper Park.
Mais concentrons notre attention sur le logo, exactement comme le font depuis deux semaines une horde de blogueurs, de twitteux et de chroniqueurs.
Tout le monde en a parlé, comme le résume ici Branchez-Vous!. Sur Twitter, le logo a été qualifié de «Fisherprice» (David_Roy), de «carte topographique mal coloriée» (Molaram), de «peinture à numéro» (Jeff_Lavoie), et il a bien sûr été affublé de l’infâmant hashtag #fail.
Du côté des designers, citons Clodine Gilbert, qui écrit sur son blogue «mettons qu’on est pas sûr que le style vitrail soit très en vogue en 2010», et Michel Richard, directeur de création chez Canoë, qui y va d’un «avis à la génération montante de designers graphiques : évitez les grosses lettres molles pleines de couleurs, ça ne fait pas l’unanimité…», comparant Astral au non moins controversé logo du Grand Montréal.
Dans lesaffaires.com, Martin Jolicoeur note que «l’un des commentaires les plus durs […] compare le logo, lorsque couché sur le côté, au "sexe flasque d’un mâle"».

Après cette phase de dénigrement collectif, l’étape suivante s’appelle, en toute logique «Venons en aide au logo d’Astral Média». Initiative du blogueur Steve MindSix, c’est un appel à tous les graphistes, professionnels et amateurs, pour «prendre ce "brouillon" et le porter à la sauce Web 2.0. et en sortir quelque chose de positif, de créatif, de dynamique». Pas sûr qu’Astral apprécie l’effort, mais le concours est ouvert jusqu’au 18 juin et offrira quand même 200 $ au gagnant!
- Mais toi, Olivier, qu’en penses-tu, de ce logo ?, vous entends-je crier.
Eh bien je n’en pense pas tant de mal que ça, en fait. Moins de mal que bien des logos récemment revampés. Moins de mal, par exemple, que l’épouvantable Fido dont il faudra que je vous jappe, un de ces jours…
Le nouveau logo d’Astral possède au moins deux qualités : il est simple et original. Bien sûr, son aspect enfantin fait qu’on s’interroge sur le marché cible du groupe de médias, et son habit de polichinelle semble vouloir cacher quelque chose…
Peut-être cache-t-il ce CH subliminal que personne ne semble avoir vu ?

Et s’il fallait le sauver en lui trouvant un héritage graphique dans l’histoire des arts visuels, c’est probablement du côté de l’espagnol Joan Miró ou de la sculpteure Niki de Saint-Phalle qu’il faudrait chercher.

Le plus étrange, finalement, c’est que les contributeurs d’Œil pour œil – le blogue collectif de la Société des designers graphiques du Québec – n’ont pas relevé le cas, eux qui avaient été si prompts à réagir aux nouveaux logos du Grand Montréal, de Musique Plus, de Métro ou de Bell.
Deux semaines après le dévoilement de cette nouvelle image, que reste-t-il ? La poussière semble être un peu retombée sur ce qui, à mon humble avis, n’est pas l’épique ratage proclamé par certains. Non, Astral a simplement péché par excès de naïveté et devra se souvenir qu’il ne suffit pas d’offrir une tartine de couleurs pour semer la joie.